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Réaction au communique du CESE sur le prix des médicaments innovants par Gérard Delépine


Rédigé le Mardi 7 Février 2017 à 10:14 | Lu 162 commentaire(s)



L’envolée du prix des médicaments innovants ne cesse d’agiter les médias[1] et les gouvernants[2] des pays riches depuis plusieurs années. Mais l’indignation apparente de ces derniers ne constitue souvent qu’un rôle de composition, car ils disposent des moyens légaux d’y remédier rapidement et ne s’en servent pas. L’avis du CESE du 25 janvier 2017 laisse malheureusement craindre que l’inaction contre ce fléau qui menace notre système de santé solidaire risque de perdurer.

En effet  si le communiqué du CESE constate justement que « le prix ne reflète pas réellement le caractère innovant du traitement » et que « Les prix demandés par les industriels sur certains produits sont trop élevés et non soutenables », il parait aussi vouloir exonérer le ministère de toute responsabilité dans ce scandale en prétendant que « le régulateur n’a pas encore tous les outils pour limiter les hausses de prix ».

Il est étonnant que les membres du CESE soient si mal renseignés. Le régulateur dispose de tous les outils nécessaires pour limiter les hausses à un niveau raisonnable ; il manque tout simplement la volonté politique. Pour limiter l’augmentation des prix des médicaments, le ministère dispose en effet de multiples possibilités. C’est lui , par l’intermédiaire du CEPS ( Comité économique des produits de santé) qui fixe les prix des médicaments avec les entreprises. C’est encore lui qui décide du taux de rembousement éventuel par la sécurité sociale, argument auquel les entreprises du médicament sont très sensibles. C’est enfin lui qui peut délivrer une « licence obligatoire » - si l’efficacité le jusitifie-  en cas de refus des entreprises d’accepter un prix raisonnable. Ce mécanisme prévu par l’Organistion mondiale du commerce permet de suspendre l’application d’un brevet, dès lors qu’il menace la santé d’une population.

Malheureusement jusqu’ici le ministère s’est contenté d’annonces ! Lors de ses vœux  à la presse pour la nouvelle année 2017 la ministre en exercice  a résumé sa politique envers les entreprises du médicament par cette phrase  révélatrice « baissez vos prix. C’est un conseil d’amie.».

Les décisions ministérielles concernant les -soit disant- « médicaments anti Alzeimer » sont emblématiques. Jugés inutiles et dangereux depuis 2007 par la revue Prescrire[3] , le NICE anglais et par la Haute Autorité de Santé, ces traitements devraient être simplement retirés du marché.  Ils coûtent plus de 500 millions d’euros par an ; leur remboursement a pourtant été prolongé par la ministre malgré l’opposition des trois syndicats signataires de la convention médicale (Le BLOC, MG France, FMF).

L’exemple du Solvadi est tout aussi démonstratif [4] . Ce médicament -qui diminue la charge virale- n’a jusqu’ici pas fait la preuve qu’il pouvait éviter le cancer du foie ou la cirrhose. Notre ministre s’est glorifiée d’avoir accepté un prix de 41000 euros alors qu’il n’est que de 26000 euros en Espagne, 6200 euros au Brésil, 800 euros en Egypte et que son prix de revient est estimé à moins de 100 euros…

Les biothérapies de la maladie rhumatoïde entraînent un surcoût de   10000 à 12000 € euros par malade et par an  par rapport aux associations classiques pourtant plus efficaces[5].

Et il ne s'agit pas d’un cas isolé : de nombreuses  thérapies innovantes qui n’apportent strictement aucune amélioration aux malades[6] selon la HAS sont tout de même remboursées et à des prix astronomiques. Citons pour exemples le  Yervoy ® (ipilumab) dans le traitement du mélanome à 14 000 € toutes les 3 semaines, l’Avastin® (Bevavucimab 4000 € par mois) dans le cancer du sein, du poumon, du rein, du colon et les récidives de cancer de l’ovaire, l’Erbitux (Cetuximax  à 3 439 € par mois )  et le styvarga  (régorafénib à 2553€ par mois ) pour le cancer du colon, le Votrient (pazopanib) pour le cancer du rein …La liste serait longue.

La négociation avec les firmes est efficace en Italie où le prix moyen des médicaments est environ 40% moins cher qu’en France. D’autres pays font des choix plus radicaux en matière de remboursement des traitements onéreux : en septembre 2015, le NHS anglais a refusé 17 molécules trop onéreuses  et insuffisamment efficaces. En Inde, la licence obligatoire a permis de procurer à la population des médicaments à plus juste prix, tels que le Daraprim, (traitement de la toxoplasmose utilisé depuis 1953) payé 750 dollars aux USA, contre 10 centimes en Inde, et le Nexavar  dont le prix a baissé de 97%  (de 280000 roupies par mois à 8800 roupies soit 175 dollars).

Les prix exorbitants des médicaments sont responsables de la majorité de l’accroissement des dépenses et du déficit de la sécurité sociale et ce déficit constitue le principal argument de ceux qui veulent remplacer notre système solidaire par les assurances privées dont on voit les ravages sociaux aux USA.

Il faut espérer que le prochain candidat à l’élection présidentielle fera enfin bénéficier le pays de médicaments utiles à des prix équitables et contibuera ainsi la pérennité du système de soins à de notre pays.
 
 

[1] Dominique Maraninchi Jean-Paul Vernant - le 14/03/2016 appel des 110
[2] François Hollande a préconisé une initiative sur le contrôle des prix des médicaments au G7 en mai 2016 et les candidats américains à la présidence H Clinton et D Trump ont promis qu’ils allaient faire baisser les prix…
[3] Prescrire 1er juillet 2008
[4] Quand l’hépatologie s’enhardit à propos de l’efficacité des nouveaux médicaments de l’hépatite C, mais reste muette sur les lourds liens d’intérêts qui l’unissent aux industrielspublié le 10/06/2015
[5] Démonstration magistrale sur le site de François Pesty
[6] La Haute Autorité de santé estime « inexistante » l’amélioration du service médical rendu (ASMR 5)