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Quelques propositions à discuter, pour tenter de réduire les déserts médicaux (par Gérard Delépine)


Rédigé le Mercredi 15 Février 2017 à 11:18 | Lu 120 commentaire(s)



En ces temps de chasse aux voix, les hommes politiques pleurent sur les déserts médicaux, que leurs décisions successives ont créés, et proposent des solutions autoritaires, sans jamais écouter les médecins qu’ils veulent, soit disant, attirer.

Les « déserts » médicaux ne sont qu’une des conséquences de la politique de concentration vers les villes menée depuis plus de 30 ans par les gouvernements successifs. Lorsqu’on ferme la poste, le bureau des impôts, la gare, l’hôpital de proximité et l’école, entrainant le départ du buraliste , de l’épicier, du pompiste et du pharmacien, il ne faut pas s’étonner que le médecin généraliste  partant en retraite, ne trouve pas de remplaçant. D’autant qu’un numérus clausus sévère élimine beaucoup d’étudiants motivés pour être médecins et que les formalités administratives, la menace juridique et des prélèvements obligatoires croissants découragent l’installation libérale.

Ce n’est pas par des mesures coercitives, telles que celles proposées par Manuel Valls ou Benoit Hamon entre autres, ni par la construction de maison médicale qu’on réduira le manque de médecins dans ces  déserts. Ils ne sont pas uniquement médicaux. Des mesures d’incitation concrètes fortes pourraient éventuellement  faciliter et rendre attractif le métier de médecin généraliste dans ces territoires abandonnés. Pour qu’elles soient efficaces, il faut les prendre en concertation réelle avec les futurs médecins, et non pas vouloir les imposer par les ARS. Imaginer d’empêcher le conventionnement de médecins, quel qu’en soit le prétexte, est d’autre part étonnant pour des candidats qui prétendent vouloir étendre le champ de la sécurité sociale.

Il faut d’abord augmenter le nombre de médecins formés. Une des premières mesures utiles est de de supprimer le numérus clausus. Ce numérus clausus ne limite que le nombre de médecins français, car les médecins étrangers (en particulier des pays de l’Est) peuvent venir s’installer sans limites en France. Il aboutit à remplir nos hôpitaux de médecins qui parlent souvent assez mal notre langue et sont moins susceptibles de s’attacher aux terroirs dont ils ne sont pas issus.

Il faut ensuite remotiver les étudiants pour l’installation libérale. Actuellement, guère plus de 10% des étudiants envisagent de s’installer en libéral. Pour les encourager à s’installer en ville, Il faut libérer la médecine, diminuer les formalités, les contraintes, les contrôles tatillons, les menaces judiciaires et les charges qui les découragent. Il faut qu’ils puissent utiliser leur temps de travail à soigner, et non plus à remplir des formulaires sociaux ou fiscaux ou à transmettre des feuilles de sécurité sociale. D’autant plus que la paupérisation des généralistes leur a enlevé les moyens de s’attacher les services d’une secrétaire personnelle qui remplissait jadis une bonne partie de ces tâches indues. Décharger les médecins libéraux de ces tâchent administratives et du joug des ARS, les encouragera à choisir l’installation libérale et leur redonnera le plaisir de se sentir utile.

Il faut aussi prévoir, lors des études, un stage auprès des généralistes des territoire sous dotés en médecins. Les zones qui ont bénéficié d’une telle formule ont pu faire valoir leurs atouts auprès des jeunes médecins et ainsi combler une partie de leur retard.

Il faut enfin accompagner les jeunes médecins volontaires pour ces territoires en particulier pour l'insertion professionnelle locale du conjoint, trouver des remplaçants lors de ses absences, pour mutualiser les gardes et lui assurer s’il le désire une activité partielle dans l’hôpital local.
Et si les mesures incitatives sont insuffisantes et si l’état estime qu’il est de son devoir d’assurer un médecin à tel endroit, le ministre n’a qu’à créer un poste de médecin salarié du territoire.

La contrainte est contreproductive. On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif ni réellement obliger un médecin à s’installer dans un désert ou à devenir chirurgien. Il faut donner soif à l’âne et envie au médecin. Comme le disait Charles-Maurice Talleyrand ‘on peut tout faire avec des baïonnettes sauf s’asseoir dessus »
 



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