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Pour sauver la Sécu l’Hôpital doit maigrir ! par Dr. Bernard Kron


Rédigé le Mercredi 1 Février 2017 à 08:52 | Lu 35 commentaire(s)



La pénurie de médecins en ville et dans les campagnes, le temps d’attente aux urgences, les délais d’obtention de rendez vous, la dégradation des soins sont préoccupants. Comme nous l’avons vu dans une précédente analyse c’est la conséquence de réformes qui étatisent progressivement la santé et ont hypertrophié le système hospitalier. Cela a participé à la désertification des régions car les établissements de proximité ont été « phagocytés ». Les jeunes médecins ne veulent pas s’installer loin de tout dans ces déserts organisés par l’incurie politique de ces vingt dernières années.
 
Quelques chiffres :
 
Le budget de la Sécu est de 500 Mds €/an. Les dépenses de médicaments sont de plus de 33Mds. En 2014, chaque Français dépensait en moyenne 1 346 € en soins d’hospitalisation, 759 € en soins de ville (soins de médecins, d’auxiliaires, etc.) et 515 € en médicaments : soit un total de 2 621 €. La France compte 1300 hôpitaux, 29 CHU et 35 CHR (Centre Hospitaliers Régionaux).
Les « Maux de l’hôpital »:
 
Depuis la parution du livre noir des hôpitaux cette question se pose avec de plus en plus d’acuité :

Premier « mal », son obésité* :
 
L’hôpital c’est plus 1,2 million de professionels : dont 114 700 médecins et 26 000 Internes. Ils représentent 21% des effectifs des fonctions publiques dans leur ensemble. L’absentéisme est de 11% : les remplacements de ces personnels quand il est possible (pénurie) représente 5% de la masse salariale. Avec plus de 15 millions d’hospitalisations par an et plus de 18 millions de passages aux urgences on peut se demander si l’hôpital ne pourrait pas faire mieux et pour moins cher. Les hôpitaux consomment en effet 40% du budget santé pour n’assurer que 25% des soins !

Deuxième mal, l’anémie en personnel soignant:
 
Le passage aux 35 H. a désorganisé le fonctionnement des hôpitaux. Pour compenser la réduction du temps de travail, il aurait fallu créer 45 000 postes hospitaliers. Le surcoût des Récupération du Temps de Travail (RTT) est estimé à 3,5 milliards d’euros. Revenir aux 3 fois 8 avec le retour aux 39 heures pallierait à cette pénurie. Ce serait une bouffée d’oxygène qui le réanimerait et permettrait d’améliorer son budget et la qualité des soins.
 
Les départs de spécialistes qui démissionnent : les contraintes administratives et le harcèlement professionnel amènent de plus en plus de démissions. Ces médecins sont remplacés par des « mercenaires » coûteux ou par des spécialistes qui ne sont pas issus de notre cursus.
 
La Pénurie en spécialistes de qualité : En 2002 le concours de l’Internat qui a subit le même sort que l’Externat est remplacé par un simple cursus (ECN) qui reçoit 100% des étudiants en fin de cycle. Les concours favorisaient un élitisme nécessaire à la qualité pour une grande médecine française, mais celle-ci était trop rebelle et les politiques « en coupant les têtes » ont pesé lourdement sur cette qualité que les autres pays nous enviaient. Les pleins temps sont maintenant écartelés entre les tâches administratives, les réunions de Formation Médicale Continue (FMC) et celles de la Commission Médicale d’Établissement (CME).
 
Les congrès, la formation des internes, la présence et les communications dans les sociétés savantes sont incontournables mais sont un poids, faute de temps, pour maintenir la qualité des soins.

La bonne marche des services et la gestion d’une clientèle privée compliquent encore un peu plus les emplois du temps et l’évolution de leurs carrières ce qui a pour conséquence d’entraîner un manque de temps à consacrer aux soins et à la formation.

Troisième mal « l’hémorragie financière » :
 
Le déficit des hôpitaux : l’hôpital est plongé dans une véritable culture du déficit, financé par une dette qui a triplé en dix ans. En 2014, le déficit cumulé atteignait 30 milliards d’euros, soit quasiment 1,5% du PIB. Les prêts toxiques participent à ce désastre. Ils ont permis de financer les plans hôpitaux initiés dans les années 2000. Le déficit de l’AP-HP (Assistance Publique de Paris) tourne autour de 100 millions d’€ chaque année. Il aurait pu être cette année équilibré si un bug informatique ne l’avait pas privée de 80 millions d’€ de recettes liés aux impayés de soins donnés à des ressortissants étrangers.

Quatrième mal, les « accidents médicaux » :
 
Les Événements Médicaux Graves (EIG) : le nombre de décès liés aux erreurs médicales pourrait avoisiner les 50 000, en faisant la troisième cause de mortalité du pays après les cancers et les maladies cardio-vasculaires, indiquait Le Lien, association de défense des patients victimes d’accidents médicaux, en 2015, à partir des données de l’Organisation mondiale de la santé(Article paru dans le Monde en 2016). Dans la chaîne de soins c’est le maillon faible qui cède ! Les transmissions peuvent être redondantes et faire donner des doses doubles voir triples pour des médicaments qui ne devraient se prendre qu’une fois par jour ! Ces événements défavorables pour le patient, qui peuvent conduire au décès, doivent obligatoirement être déclarés. Le réseau des CHU en France les estiment à environ 400 000 par an. Pour l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France, les signalements ont progressé de 24 % en 2014, dont la moitié a conduit au décès du patient.
 
En chirurgie : Cela peut être des erreurs concernant le côté à opérer par exemple, des oublis de compresse, des greffes qui n’ont pu être réalisées en raison de « matériel » manquant. Lors d’une intervention de chirurgie mini invasive vidéo- assistée c’est une blessure d’une grosse artère que le chirurgien ne sait pas toujours réparer.

Cinquième mal, « l’obésité administrative » :
 
L’organisation hospitalière souffre de la sur administration. Il n’y a pas moins de 10 échelons administratifs qui paralysent les soignants ! Les Ministères, la Haute Autorité de Santé, les Agences Régionales, la Direction centrale, les directeurs, le directoire, le conseil d’administration, les Comités d’établissement, les chefs de pôles, les chefs de service telle est la structure actuelle. Ces acteurs ont remplacé les « mandarins » : ce sont de « petites mandarines dont ont récolte les gros pépins. ». Elles multiplient les réunions et les luttes des pouvoirs et participent au harcèlement au bout de la chaîne des soins.
 
L’hôpital sur-administré n’est plus vraiment géré et devient un navire incontrôlable, promis à un naufrage. Les « ordonnances Juppé » de 1995 et 96, les mises aux normes, le principe de précaution, les trente-cinq heures ont bouleversé l’organisation hospitalière.
Sixième mal « La diarrhée législative » :
 
Les plans hôpitaux 2002/2007/2012, la loi Hôpital, Santé, Patient, Territoires (HPST) de 2009, dite loi Bachelot et la loi Santé de 2016 ont complété le dispositif de ces plans. Ils prônent les regroupements hospitaliers et la mutualisation des moyens en Communauté Hospitalière de Territoire (GHT) : CE SONT DES GADGETS COÛTEUX ET INUTILES.
 
L’hypertrophie du domaine hospitalier a créé des monstres de plus de 100 000 mètres carrés qui ont peu à peu dévoré la majorité des cliniques privées.
Les hôpitaux locaux concentrent maintenant leurs activités dans des soins de suite, de gériatrie ou sur des Soins et de Réadaptation (SSR). Les urgences affluent donc dans les grands hôpitaux et les paralysent !
 
Le plan national de santé :
 
Ce n’est en fait qu’une super administration qui paralysera un peu plus les soignants s’il n’était pas revu après les Présidentielles. La concentration des plateaux techniques et des spécialistes, dans les grands centres aggrave en effet la désertification. Le recentrage des soins vers l’hôpital découle de la fausse bonne idée de la mutualisation des hommes et des plateaux techniques. L’école de Rennes, l’école des Hautes Études de Santé Publique participe à cette évolution néfaste qui permet à certains directeurs de faire des carrières plus brillantes lorsqu’ils sont à la tête de ces nouveaux monstres trop dépensiers. Parallèlement les cliniques se sont regroupées dans des chaînes. Certes elles se sont restructurées mais aux dépens des cliniques régionales qui ont disparu ce qui participe aussi à la désertification des régions.

*Lire p81 du livre Chirurgie chronique d’une mort programmée



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